14.03.2010

L'ARPITAN : ROMANDS ET RHONE-ALPINS

Depuis que je suis en Suisse tous les jours, je suis étonné par les points communs dans la déformation parlée commune, que j'ai notée entre Stéphanois, Foréziens, Lyonnais, Genevois, Valaisans, Vaudois... Bref, romands et Rhône-Alpins. Mais c'est bien sûr ! C'est que nous ne sommes ni langue d'oc, ni langue d'oï, vous et nous : nous exprimons notre français avec pour filtre, l'arpitan. Histoire, en avant ! Moi qui pensoi estre auvergnois, j'pige pourquoi dans mon gandeau l'état françois, il a mis les gagas avé les gônes : c'était pour mieux poêler les binges à la poêle et en faire des râpées, ou des rushties si vous préférez !
L’arpitan

 

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L’arpitan ou franco-provençal est une langue romane. Contrairement à ce que son nom pourrait laisser croire, le franco-provençal n'est pas un mélange de français et de provençal mais bel et bien une langue à part entière. Pour éviter toute confusion, de nos jours les linguistes enlèvent le trait d'union (francoprovençal) ou préfèrent utiliser le terme arpitan qui ne fait plus référence aux autres langues. Contrairement à l'occitan et au français, l’arpitan ne bénéficie pas d'une littérature importante pour le soutenir. Aussi ce dialecte s'est très tôt éparpillé en une multitude de patois. Il est resté une langue populaire alors que les élites et l’administration ont très tôt opté pour le français (même en dehors de la France).

 

Linguistique

La spécificité de l’arpitan n’apparaît qu’au XIXème grâce aux travaux du linguiste italien Graziadio-Isaïa Ascoli, c’est d’ailleurs lui qui invente le nom franco-provençal car il lui semble que ce dialecte combine des traits de français et de provençal. Mais depuis les chercheurs ont pu démontrer que l’arpitan avait son identité propre.

 

L’arpitan est une langue romane. Comme ses cousines d’oïl et d’oc, elle est formée sur une base de latin complétée par des influences celtes voire burgondes. L’arpitan se distingue des autres parlés romans relativement tôt vers le VIIIème, IXème siècle. Il se caractérise par son conservatisme linguistique. Un locuteur venu du Moyen Age comprendrait assez facilement l’arpitan moderne alors qu’un francophone de cette époque aurait beaucoup plus de difficulté à comprendre notre langue contemporaine

 

Du point de vue de la prononciation, l’arpitan fait un large usage des voyelles dites « ouvertes postérieures » souvent notées par un accent circonflexe, exemple : ât’chi (endroit, lieu en français). On note aussi un fréquent amenuisement, voire une disparition totale des voyelles non accentuées, ce qui se traduit à l’écrit par l’usage d’une apostrophe à l’intérieur d’un mot, exemple : ch’ni issu de cheni (poussière, salissure en français).

 

L’arpitan est (ou était) parlé dans trois pays, dans le centre est de la France, en Suisse romande et dans les vallées alpines du nord-ouest de l’Italie. En France d’abord, l’arpitan est la base des patois du Forez, de la Bresse, des Dombes, des deux tiers nord du Dauphiné, de la Savoie, du Lyonnais et du tiers sud de la Franche-Comté. En Suisse, il s’étend sur les trois quarts sud de la Suisse romande. En Italie, il s’impose dans le Val d’Aoste et dans quelques vallées du Piémont.
Traditionnellement l’arpitan se décompose en quinze sous-ensembles :
  • En France :
  • Bressan
  • Burgondan
  • Dauphinois
  • Forézien
  • Jurassien
  • Lyonnais
  • Savoyard
  • Savorêt
  • En Suisse :
  • Genevois
  • Fribourgeois
  • Neuchâtelois
  • Valaisan
  • Vaudois
  • En Italie :

 

L’arpitan aujourd’hui

L’arpitan a quasiment disparu. On estime aujourd’hui qu’il n’est parlé que par 60 000 à 77 000 personnes sur une population de 6 millions d’habitants. Plus grave encore, il n’est généralement plus transmis aux nouvelles générations et la plupart des locuteurs ont plus de 60 ans.
Les patois arpitans ne survivent que dans des localités isolées (petites vallées alpines, habitat dispersé de la plaine de la Bresse). Certains courants identitaires, notamment dans le Val d’Aoste et en Savoie, tentent de maintenir ce qu’ils considèrent être la langue de leurs ancêtres. Aujourd’hui un petit nombre de passionnés font vivre cette langue. Ils tentent de la transmettre en éditant des manuels d’apprentissage. Ils publient également sur papier ou sur Internet des textes en arpitan et ont même proposé une version arpitane de l’encyclopédie libre et gratuite, la Wikipédia, pour la voir, cliquez sur le lien :http://frp.wikipedia.org

 

L’arpitan en Franche-Comté

L’arpitan n’est parlé que dans le tiers sud de la Franche-Comté. Dans le reste de la région, c’est une langue d’oïl, le franc-comtois, qui s’impose. Toutefois, étant donné que ces deux dialectes n’existent traditionnellement en Franche-Comté que sous forme de patois, il n’y a pas de frontière claire entre eux. Les vocabulaires s’interpénètrent, de sorte que dans la zone tampon, les patois sont facilement incompréhensibles. En outre, l’imbriquement linguistique est tel que certains mots sont compris par l’ensemble des franc-comtois, par exemple « ch’ni », alors qu’ils sont incompréhensibles pour d’autres dialectes arpitans.

 

Les patois se caractérisent par leur grande diversité. Ils varient d’un canton à l’autre, voire d’un village à l’autre. Cet éparpillement s’est avéré être une faiblesse face aux développements continus des moyens de communication depuis le XIXème (transport, téléphone…). En Franche-Comté, ce phénomène ainsi que le patriotisme républicain, qui passe nécessairement par la langue française, ont entraîné un net recul des patois. Si des exceptions existent, dans certains lieux (comme la Bresse) ou dans certaines familles, globalement, le patois a cessé d’être transmis aux nouvelles générations depuis la guerre 14 – 18. De ce fait, de nos jours, le patois a quasiment disparu. Seules quelques rares personnes souvent âgées sont capables de le parler mais ne le font que rarement, faute de partenaire. Toutefois, le français parlé au quotidien par ces populations comporte encore quelques mots de patois souvent prononcés à la française, de sorte que beaucoup de locuteurs imaginent que ce sont des mots français. Ces mots peuvent être qualifiés de régionalismes. Le patois, à proprement parler, ne survit que dans de rares proverbes et grâce à quelques paroles d’anciens rapportées dans leur langue originale. Pour voir quelques exemples de régionalismes ou de patois polinois cliquez ici.

13.03.2010

TES BRAS, C'EST TOUJOURS...

Celui dont j'ai mis le plus souvent une compilation dans le mange disque de ma voiture, sur la route liant ailleurs à Bernex, n'est plus. J'ai mis cent fois en boucle, grâce à ce mange disque moderne, où l'on peut remettre la même chanson, Que c'est beau la Vie, CD inespéré acheté voilà vingt ans, et si bienvenu dans cette voiture entre France et Suisse.

Combien de fois, enfant, j'ai écouté Nuits et Brouillards, pour apprendre qu'on ne peut pas rire de tout

Combien de fois j'ai aussi mis La Montagne. Je la remettrai quand j'irai en Ardèche, dans le Forez. Quand je serai chez moi dans le Valais. Quand tu m'emmèneras dans ce Tessin que je veux toujours voir. Tu peux m'ouvrir cent fois les bras, c'est toujours la première fois.

07.03.2010

La Suisse, pays où les femmes pleurent

Je me souviens, voilà presque vingt ans, un Ier mai, étant venu voir une connaissance française devenue Suissesse depuis longtemps avec des amis,  elle avait eu les larmes aux yeux quand nous nous étions quittés vers la rue Centrale, à Lausanne. Ville que je n’aimais pas beaucoup à l’époque. Je la trouvais froide et romaine, comme les décors de Jacques Martin, créateur de Alix le Gaulois. Ce que je ne savais pas, c’est que justement, Jacques Martin était déjà tout près de cet endroit où cette copine cachait sa larme de nous voir partir. Je ne la croyais pas capable de pleurer. Psychothérapeuthe convaincue de la non existence de Dieu, elle était pour moi une femme en béton, toujours capable de tourner le bouton de son cerveau sur l’absence d’émotion. J’avais trente ans, elle en avait presque cinquante et j’étais convaincu qu’elle avait tout juste.

Aujourd’hui, je me rappelle de cette larme, à force, depuis un an, d’en voir beaucoup des larmes, en Suisse.

J’ai vécu pour des métiers, c’est à dire plus d’un an, voire trois, à Saint-Etienne, Rennes, Cherbourg, Caen, Saint-Denis de la Réunion, j’ai fait des allers-retours pour ne pas me faire virer de mes boulots, longuement, à Lyon, Saint-Pierre-de-la Réunion, Lons-le-Saunier, Autun, Louhans, Saint-Malo. J’ai fait quelque deux-mille ambulances avec les sapeurs-pompiers, jamais en aucun endroit au monde, je n’ai vu autant de femmes pleurer, et être dans ce pleur qui est un socle. Un fond, une abîme, un médicament.

La deuxième femme que j’ai vu pleurer en Suisse, c’est celle pour qui j’étais prêt à changer de patrie, et qui en m’annonçant que c’était fini entre nous deux, s’est mise à pleurer comme si c’était moi qui la plaquait. Compliqué pour un gros con de Français comme moi. Burn out ?

Celles d’après, que j’ai vues pleurer, passaient dans la rue à Lausanne, cachaient leur visage dans leurs mains, s’arrêtaient sur un trottoir, épuisées. Assises. De tous milieux sociaux. Jeunes ou moins jeunes. Oui. Deux-mille ambulances, jamais vu ça.

J’ai vu aussi des salariées sortir de leurs restaurants, en pleurs à ne plus pouvoir pleurer, le tablier devenant la grotte de leurs tristesses.

Je viens de voir une serveuse qui en pressant des oranges, m’a semblé être prête à verser son corps dans cet appareil où les gestes, autour, sont les mêmes, quand il y a trop de clients.

Je vous fait grâce d’hier, chez Manor, où je mange pour dix balles, et où ma voisine s’est embué les yeux quand je me suis assis deux tables plus loin, que je lui ai souri en m’asseyant, comme je souris à tout un chacun. J’ai failli prendre mon plateau et aller plus loin. Mais l’idée de lui faire mal m’a stoppé.

Et puis il y a moi, qui pleure aujourd’hui, après ne pas avoir eu confiance en tes larmes, si près de la frontière dont je ne voulais plus, dans ces arbres en fleurs et cette vigne où j'avais peur. Au moins, même si tu ne m’aimes plus et destine ta tendresse et tes sourires à un vrai Suisse, j’aurais réappris à voir les larmes des autres et les miennes.

06.03.2010

Lettre à mon chien : Crottes ici, dealers de là

Mon cher Iking,

Tu te rappelles, un jour, j'ai croisé à Saint-Etienne, la femme de Jérôme, mon pote d'enfance. Elle et moi avons ri, et toi aussi d'ailleurs, parce que nous avions failli ne pas nous voir. Alors qu'elle et nous, étions sur le même trottoir.

Nous en étions arrivés à la conclusion, tous les trois, que les Stéphanois, dans le centre-ville, faisaient tellement attention à ne pas marcher sur une merde, qu'ils en étaient réduits à baisser la tête. Et toute leur convivialité légendaire foutait ainsi le camp, dans cette insalubrité. Le nez vissé sur le bitume, comment veux-tu voir ton voisin ? Ce n'est pas écrit au premier regard sur ses pieds que tu le connais.

Tout cet hiver à Lausanne, je me suis demandé pourquoi les gens ne se regardaient pas. Ce soir, sortant du ciné, j'ai eu un début de réponse dans l'attitude que j'ai eue moi-même : en ayant marre de croiser le regard des huit dealers que j'ai comptés entre la place Saint-François et la rue Caroline, moi aussi j'ai fait comme beaucoup d'humains ici. J'ai fait en sorte qu'ils n'existent pas. Comme ça, ils ne m'ont pas balancé leur "Bonsoir" racoleur de donneurs de mort, qui m'exaspère depuis un an que je suis ici, et auquel je répondais poliment au début, par un "Bonsoir" tempéré.

Je ne sais pas comment ils font pour gagner leur vie. Ce doit être le genre de business avec forte valeur ajoutée. Deux clients doivent suffire. Il y en a un autre qui m'étonne. C'est l'Indien qui vend des roses dans les restaurants : je n'ai jamais vu personne lui en acheter une. Il n'a d'ailleurs mêmes pas droit à un "Non merci" poli, accompagné d'un petit sourire. Pourtant, c'est des roses qu'il vend, pas de la coke ! Mais c'est vrai que dans la narine, une fleur d'amour, ça doit faire plus mal qu'une ligne.

Je serais eux, le vendeur de roses et les dealers, je m'associerais : un peu de coke dans la rose, et hop ! Quand tu la sentirais, nickel ! C'est vrai que toi, tu es sain. Tu préfères le caca. Avec ton odorathèque et ta capacité à stocker un million d'odeurs différentes, tu peux dire comme Antonin Artaud : "Là où ça sent la merde, ça sent l'humain". Aîe ! Artaud, avec génie, a mal fini. Ces grands écrivains sont de grands enfants en devenant fous. Maupassant, à l'asile, ne voulait pas que les infirmières jettent ses urines : "Ma pisse, c'est de l'or ! " Criait-il dans son délire, hérité de sa maman, et bien soutenu par sa propre syphilis et trop d'absinthe bue à la cuillère sucrée.

On préfère ce qu'il a écrit à cette pauvre fin. Bien, à part ça tu me manques toi aussi. Aujourd'hui, j'ai reçu tellement de marchandises, qu'en les installant à la place où tu dormais, j'ai eu ma dose de cafard. Là où ça sent le blues, ça rend humain.

Bonne nuit avec ta copine mon toutou adoré

01.03.2010

Angie Europa : j'aime la Suisse et je me sens Français

Je suis étonné par la lumière sur le lac, vu de ma rue de Lausanne, ce matin. Le printemps joue au poker avec l'hiver, on est bien. Je vois la France en montagne. Encore plus belle que ce générique de cinéma vieux comme le siècle dernier. Je vais continuer à écrire à propos de ces porte-avions humanitaires. je m'amuse beaucoup. Mais je suis en deuil : plus de quarante de mes concitoyens sont morts, tués par le vent, peut-être leur imprudence. C'est deux fois moins que pour la tempête de 1999, mais c'est deux fois plus qu'il n'en faut pour se sentir d'une nation, n'en déplaise à ceux qui renient tout. Leur père comme leur nationalité. Je n'ai pas le coeur à écrire aujourd'hui. je pense à ces familles qui se réveillent ce matin sans un des leurs, pour un simple coup de tabac. Et peut-être que le Angie Europa et le Pacifica Atlantide, doivent avancer sur les flots virtuels de l'écriture. Ces deux rafiots devaient se nourrir d'idées et de souvenirs. Voilà qu'ils s'abreuvent d'actualités. Je ne suis pas un littéraire. Je me rends simplement compte qu'à croiser une idée future pour l'Humanité et mes souvenirs passés de pompier, je t'aime.

28.02.2010

Angie Europa (VII) : le PACIFICA intervient au Chili !

Mickaël n'arrivait pas à dormir. La présidence chilienne trouvait inutile le déplacement du porte-aéronefs humanitaire continental. Les chiliens n'avaient besoin de rien. Allumant la télévision, il tomba sur le reportage suivant :

"Dans la ville chilienne de Concepcion, la police débordée a eu du mal à disperser, à l'aide de canons à eau et de gaz lacrymogènes, des grappes de personnes qui retiraient des vivres de l'entrepôt de stockage d'un grand supermarché." Et le journaliste d'interviewer une passante : "Ce n'est pas du vol, c'est du désespoir. Nous n'avons plus rien à manger, ni à boire", crie à la volée cette femme d'une trentaine d'année au reporter de la télévision publique chilienne TVN.

Télévision, qui annonce aussi que des scènes similaires ont eu lieu dans la nuit et dimanche matin, en au moins un autre point de Concepción. "La maire de la ville, Jacqueline van Rysselberghe, a mis en garde sur la situation de grave "tension sociale" dans la cité de près de 500 000 habitants. "Nous avons besoin de nourriture pour la population. Nous sommes sans approvisionnement, et si nous ne résolvons pas cela, nous allons avoir de graves problèmes de sécurité durant la nuit". Par ailleurs, près d'une centaine de personnes sont bloquées sous les décombres d'un bâtiment de 14 étages effondré, a également annoncé la maire." Mickaël éteignit la télé. Un officier passa. "Je viens d'entendre que Concepcion est franchement dans la merde. On va peut-être trouver de quoi nous employer sérieusement..."

Mickaël vit l'officier sourire : "Tu m'étonnes. En fait, pour te le dire franchement, nos hélicos, dans une heure, vont commencer à récupérer toutes les vivres possibles, données par les villes plus au nord de Concepcion. Et comme je vois que tu ne dors pas caporal, je serais toi, j'irais me raser et me faire beau : je te mets dans les équipages qui vont aller chercher ces vivres et de l'eau. Allez, dépêche-toi, j'te dis ! Dans une demi-heure, les salles d'eau vont être pleines de tes collègues excités comme des puces !"

Mickaël ne se le fit pas dire deux fois. Il but d'abord un café, fonça prendre une douche et se raser. À peine avait-il fini de s'essuyer, que la diffusion générale grésilla : "Bonjour à toutes et à tous. Pas de musique pour vous réveiller ce matin. Il est quatre heures, mais c'est pour la bonne cause : l'ensemble du personnel, sans exception, est prié de se rendre en salle de cinéma pour un briefing du commandant, avant le petit-déjeuner. Bonne journée mesdames et messieurs !"

Des bannettes et des chambres, des cris de joie s'élevèrent comme des chants de victoire. Mickaël avait planqué un croissant viennois qu'il dévora en allant vers la salle de briefing.

Angie Europa (VI) : CHILI, PACIFICA ATLANTIDE

Pas fini de penser et d’écrire dans ma fiction, que  j’aurais pu dérouter le Angie Europa pour Madère et ses coulées de boue, que voilà un tremblement de terre de force 8,8, au Chili, doublé d’un tsunami menaçant l’Asie.

Pour le moment, cet état qui en connaît un rayon en tremblement et qui a des maisons fortes, bien bâties selon des normes antisismiques, ne demande pas d’aide internationale.

Mais cette fois, je craque contrairement à hier : servons-nous de l’actualité pour faire avancer notre histoire. Et pourquoi pas, cette idée de recycler les porte-avions en porte- aéronefs humanitaires.

 

Le capitaine de frégate Luciano di Alera balança un coup de pied dans le vide, fou de rage. “Connards de politiciens sud-américains ! S’ils avaient acheté ce rafiot anglais au lieu de le laisser partir à la casse, c’est nous qui serions en route pour Concepcion ! Au lieu, de ça, la merda ! C’est les Yankees qui font la mission. Nous, on est juste bons à se faire trouer dans la jungle par les narco-trafiquants”. Son fils, soldat dans l'armée Colombienne, venait d'être blessé en mission et ne marcherait plus.

À un million près de dollars, les états sud-américains ne s’étaient pas mis d’accord avec l’Onu pour racheter un porte-aéronefs proposé par les Anglais pour une bouchée de pain. La Marine de sa Majesté aurait bien donné sans le vendre ce porte-avions. Mais la Royal Navy avait déjà offert le Angie Europa, et les temps étaient durs. Les peuples britanniques n’auraient peut-être pas été d’accord avec ce nouveau cadeau de ce qu'ils avaient payé avec leurs impôts, tandis que la pauvreté n’en finissait pas de grimper dans le pays. Un ferrailleur avait mis un million d’euros de plus sur le tapis, soit six au total. Les Anglais ne pouvaient plus attendre, les frais de maintenance du navire jouant dans la balance. Les six millions du ferrailleur furent injectés dans l’aide médicale aux chômeurs.

Et tandis que le Angie Europa débarquait des sapeurs-pompiers dans le Gard, au sud de la France, le Pacifica Atlantide quittait Panama pour le sud du Chili. Entre personnels états-uniens, canadiens et issus des Caraïbes ou d’Amérique centrale, les Mexicains se plaisaient à répéter à l’envi, que tout comme les Canadiens, eux aussi sont nord-américains. Alors ils entonnèrent une chanson de Robert Charlebois, en trafiquant les paroles pour les adapter dans un pur style pompier qui enthousiasma tout le monde. A commencer par le pacha, un dénommé Francis Ariston, issu de Vancouver.

Le commandant Ariston parlait huit langues. Quasi-couramment. Il écrivait directement dans toutes, les courriers électroniques envoyés aux quatre coins du monde. Il passait pour un extra-terrestre, à qui il ne manquait que la parole, non pas martienne, mais bien terrestre : au mieux, il parlait avec ses collaborateurs, trois minutes. Et puis, le reste du temps, dans l’intervale, parfois de cinq heures avant qu’il ne reprenne la parole, on avait l’impression qu’il ne voyait personne. Mais, comme pour les langues dont il maîtrisait la syntaxe, sans être bavard, il voyait à 360°. Aucun détail ne lui échappait. Cela rendait mal à l’aise les Centraméricains, convaincus de ne même pas pouvoir piquer une bière au mess, ou la moindre tranche de pain, sans que l’oeil terrible ne le sache et ne l’écrive sur on ne sait quel blog, envoyé à on ne se sait quel autre bout du Kamtchaka.

Les Canadiens et les Mexicains, eux, se servaient allègrement dans les frigos. Il voulaient bien rendre service à l’humanité en passant leurs vacances sur ce machin flottant, mais ils voulaient au moins avoir quelque chose à vomir, et si possible, ne pas mourir de soif.

Un infirmier américain de Los Angeles, qui devait passer son temps à la plage, le service fini, tant il était bronzé, alluma la télévision et trouva rapidement une chaîne d’information continue en anglais. A propos du tremblement de terre, un premier bilan évoquait  deux-cent-cinquante morts. Mickaël, originaire du Honduras pour sa part, métis et pianiste quand il n’était pas pompier, se rappela de cette Chilienne croisée à Cuba, au cours d’une semaine de vacances.

Elle était coiffeuse et ils auraient pu flirter s’il avait été moins idiot, moins empressé à faire le joli cœur auprès d’une Suédoise, routière du Monde, moins jolie que la coiffeuse, mais tellement plus exotique pour un Hondurien en vacances. Le jazz les avait rapprochés tandis qu’il n’avait pas grand-chose à dire aux yeux doux de sa voisine de continent.

John eut un pincement au cœur en l’imaginant malheureuse d’avoir perdu, peut-être, un parent. Elle habitait plus encore vers l'extrême du pays. Là où le Chili n’est plus l’Amérique du Sud, mais un coin où l’Hiver aime saisir les baraques de bois. Où le soleil est lent à se coucher, donnant au ciel des bandes traçantes de rose dont la nuit ne vient pas à bout.

Les Mexicains avaient fini de chanter à l’annonce des 250 morts. Il reprirent leurs guitares, les morts étant dits, pour jouer des airs tristes et beaux. A mi-chemin entre nord et sud du Chili, Concepcion n'attendait pas ces marins.

 

A suivre

26.02.2010

ANGIE EUROPA, SI TU AVAIS EXISTÉ POUR MADERE ?

Mon feuilleton fictif relatant la vie de ce porte-avions tranformé en porte-hélicos humanitaire connaît un bon succès de départ auprès de vous. L’article le plus lu est celui concernant l’info bien réelle du prix de ce porte-avions anglais mis aux enchères depuis quelques temps.

J’allais écrire le cinquième volet de notre équipage de secouristes au pied marin, quand l’île de Madère a été victime de coulées de boue entraînant la mort de 32 personnes.

La tentation a été forte pendant plusieurs jours de détourner à nouveau le Angie Europa. De l’Italie qui devait trembler, au feu de forêts dans le sud de la France... La fiction aurait rejoint la réalité : pour avoir été sapeur-pompier saisonnier dans le Gard, il n’est pas rare de voir sa mission changer deux ou cinq fois dans la journée, et de passer de nombreuses heures à rouler, girophare en marche. Non pas que les postes de commandements soient incompétents. Mais il en va ainsi du feu et de sa lutte : une action commencée par un groupe de fourgons peut suffire, tandis que des moyens plus importants étaient dictés par la théorie et le bon sens. Ces renforts devenant inutiles, ils sont réorientés vers un autre sinistre, parfois à 50 km. J'ai eu ainsi l'honneur d'établir avec trois autres pompiers, cinq-cents mètres de tuyaux dans la montagne cévenole, pour éteindre un beau châtaignier frappé par la foudre, près d'une maison de hippies un peu âgés, où riaient des ados beaux comme des Dieux : nous avons arrosé ce marronnier trois fois centenaire à en vider nos trois-mille litres. Quel arbre ! Il fumait encore quand nous sommes repartis, tant il était noueux. Des fois je me dis que James Cameron est un avatar sur la trace de l'âne de Monsieur Stevenson.

Las. Je n’ai pas écrit de plusieurs jours pour m’informer sur la possibilité de telles boues et inondations en plein été à Madère. C’est à dire au moment où les feux de forêts sévissent en Europe, du Portugal à l’Ardèche, département de plus en plus menacé, en passant par la Corse.

Réponse mitigée des services météo : pourquoi pas, mais cela est peu probable. Avec une température moyenne située entre 18 et 24 °C, l’île tempérée de Madère jouit d’un climat subtropical qui garantit plus ou moins contre les extrêmes.

Notre beau bateau, ses hélicoptères, ses maîtres-chiens, ses sapeurs et marins-pompiers, ses infirmiers et médecins, font donc route sur le sud de la France...

 

Le briefing fut court. Il s’agissait  de se rapprocher de la Camargue pour héliporter quatre-vingt sapeurs. Il seraient répartis dans les corps de Vergèze et de Saint-Gilles-les-Bains, qui eux-mêmes les répartiraient vers d’autres centres d’intervention si nécessaire. Les sapeurs professionnels de Nîmes et leurs volontaires resteraient protéger l’ancienne cité romaine et le nord, ainsi que les autoroutes.

“Fermez les portes, les gars ! Même s’il fait chaud ! On n’est pas dans un film de guerre au Vietnam, putain ! C’est vite fait de tomber. Et à trois-cents mètres au dessus de l’eau, avec notre vitesse, c’est pas la peine de rêver piquer une tête !” John tira la porte, souria à l’idée qu’il n’était pas en hélico au dessus de la Méditerrannée, mais dans son fourgon à Saint-Etienne, en train de se “faire une grand-rue” au retour d' intervention.

Le pilote, le lieutenant Gerandel, n’aimait pas les sapeurs volontaires. Il avait pris cette mission sur le Angie Europa car son carnet de vol personnel affichait des cases vides. Et comme il désespérait de passer capitaine, il profitait de ses vacances pour montrer sa bonne volonté. Il n’aimait pas les volontaires, mais était bien le seul pilote de la Marine à penser ainsi. Ses confrères étaient toujours étonnés de voir ces petits jeunes, parfois ces vieux, tirer des tuyaux à en tomber à genoux, aux milieux des garrigues d’Europe, du matin au soir, avec parfois un sandwich en pain mouillé pour toute nourriture. Seules les images de ces femmes portugaises, en savates et en robe de nylon frappant les flammes avec des buissons, inspiraient un peu de compassion à Gerandel.

Les Pumas étant trop lourds pour se poser n’importe où, on décida de faire atterrir les quatre-vingt sapeurs répartis dans les trois hélicos, à Garons, à deux pas de la caserne de Saint-Gilles-les-Bains. C’est d’ailleurs dans ce centre d’intervention que des sapeurs volontaires passaient la spécialité consistant à alimenter au sol les bombardiers d’eau, ne se servant pas directement dans la mer comme les Canadair.

John ouvrit la porte de l’hélico quand le lieutenant gerandel eut donné son feu vert. Voilà dix jours qu’il était en mer. Il eut l’impression de bouger tout seul sur ses jambes... “Alors mon pote ! On le mal de terre ! Normal, après dix jours en mer !” La voix de son vieux pote Merise, dit Cerise la Quenelle, l’accueillit comme un marin.

 

A suivre

22.02.2010

ABANDONNIQUE ET LIMITÉ

La solitude est un sac à dos que l'on doit poser, parce qu'il est trop chargé, pour trouver en lui la raison de notre limite, et ne pas chercher à 
donner une bretelle à l'autre sur un chemin où l'on marche, bancales et côte à côte, tout en sifflotant des airs 
auxquels on consacre de moins en moins d'oxygène dans l'air inspiré. Ce n'est pas de Confucius ou de Lafuma, mais de moa. Et c'est ce que je vais dire demain. Pour ouvrir un peu plus le sac.

(Si Le Chat de Geluk lit les blogs de La Tribune de Genève, j'en souris)

21.02.2010

LES LOUVES DE MACHECOUL par Alexandre Dumas

En ce dimanche poésie, place à Alexandre Dumas Père, et un de ces romans moins connus que Les Trois Mousquetaires, mais aussi passionnant : Les Louves de Machecoul. Vous trouverez la suite et toute la poésie classique sur le site Poésie.net, tout simplement. Bonne journée à toutes les louves, et plus encore à celle qui m'est importante

L’armée de la chouannerie, qui se composait de vingt- quatre mille hommes lorsque M. le comte d’Artois était à l’île Yeu, est aujourd’hui réduite à vingt hommes...

Pour en finir, le général Valentin prend un fusil, et, à la tête de cent quatre-vingts hommes qui lui restent, charge à la baïonnette. Dans cette charge, Charette est blessé d’une balle à la tête et a trois doigts de la main gauche coupés d’un coup de sabre. Le marquis de Souday prend Charette entre ses bras, et tandis que Jean Oullier tue de ses deux coups de fusil les deux soldats républicains qui le pressent de plus près, il se jette dans le bois avec son général et sept hommes qui restent.

À cinquante pas de la lisière, Charette semble reprendre sa force. -Souday, dit-il, écoute mon dernier ordre. Le jeune homme s’arrête. -Dépose-moi au pied de ce chêne.

Souday hésitait à obéir. -Je suis toujours ton général, lui dit Charette d’une voix impérieuse ; obéis-moi donc ! Le jeune homme, vaincu, obéit et dépose son général au pied du chêne. -Là ! maintenant, dit Charette, écoute-moi bien. Il faut que le roi, qui m’a fait général en chef, sache comment son général en chef est mort. Retourne auprès de Sa Majesté Louis XVIII, et raconte-lui ce que tu as vu ; je le veux ! Charette parlait avec une telle solennité, que le marquis de Souday, qu’il tutoyait pour la première fois, n’eut pas même l’idée de désobéir. -Allons, reprit Charette, tu n’as pas une minute à perdre, fuis ; voilà les bleus !

En effet, les républicains paraissaient à la lisière du bois. Souday prit la main que lui tendait Charette. -Embrasse-moi, dit celui-ci. Le jeune homme l’embrassa. -Assez, dit le général. Pars ! Souday jeta un regard à Jean Oullier. -Viens-tu ? lui dit-il. Mais celui-ci secoua la tête d’un air sombre. -Que voulez-vous que j’aille faire là-bas, monsieur le marquis, dit-il, tandis qu’ici... -Ici, que feras-tu ? -Je vous dirai cela si, un jour, nous nous revoyons, monsieur le marquis. Jean Oullier et le marquis de Souday s’enfoncèrent alors dans le bois. Seulement, au bout de cinquante pas, Jean Oullier, trouvant un épais buisson, s’y glissa comme un serpent en faisant un signe d’adieu au marquis de Souday. Le marquis de Souday continua son chemin.

 

DEUXIEME CHAPITRE : LA RECONNAISSANCE DES ROIS

Le marquis de Souday gagna les bords de la Loire, et trouva un pêcheur qui le conduisit à la pointe de Saint-Gildas.

Une frégate croisait en vue ; c’était une frégate anglaise. Pour quelques louis de plus, le pêcheur conduisit le marquis jusqu’à la frégate. Arrivé là, il était sauvé. Deux ou trois jours après, la frégate héla un trois- mâts de commerce qui gouvernait pour entrer dans la Manche. C’était un bâtiment hollandais. Le marquis de Souday demanda à passer à son bord ; le capitaine anglais l’y fit conduire. Le trois-mâts hollandais déposa le marquis à Rotterdam.

De Rotterdam, celui-ci gagna Blankenbourg, petite ville du duché de Brunswick que Louis XVIII avait choisie pour sa résidence. Il avait à s’acquitter des dernières recommandations de Charette. Louis XVIII était à table ; l’heure du repas fut toujours une heure solennelle pour lui. L’ex-page dut attendre que Sa Majesté eût dîné.

Après le dîner, il fut introduit. Il raconta les événements qu’il avait vus se dérouler sous ses yeux, et surtout la dernière catastrophe, avec une telle éloquence, que Sa Majesté, qui cependant était assez peu impressionnable, fut impressionnée au point de lui dire : -Assez, assez, marquis ! Oui, le chevalier de Charette était un brave serviteur, nous le reconnaissons. Et il lui fit signe de se retirer. Le messager obéit ; mais, en se retirant, il entendit le roi qui disait d’un ton maussade : -Cet imbécile de Souday qui vient me raconter ces choses-là après dîner ! C’est capable de troubler ma digestion ! Le marquis était susceptible ; il trouva que, après avoir exposé sa vie pendant six mois, être appelé imbécile par celui-là même pour qui il l’avait exposée, était une médiocre récompense.

Il lui restait une centaine de louis dans sa poche ; il quitta le même soir Blankenbourg, en se disant : « Si j’avais su être reçu de cette façon-là, je ne me serais pas donné tant de peine pour venir ! » Il regagna la Hollande, et, de la Hollande, passa en Angleterre. Là commença une nouvelle phase de l’existence du marquis de Souday.

Cet homme, qui avait bravé les poursuites des colonnes infernales, ne sut pas résister aux méchantes suggestions de l’oisiveté ; il chercha le plaisir partout et à tout prix, pour combler le vide qui s’était fait dans son existence depuis qu’il n’avait plus, pour l’occuper, les péripéties d’une lutte exterminatrice.

Il y avait deux ans qu’il menait cette existence, lorsque le hasard lui fit rencontrer, dans un tripot de la Cité dont il était un des hôtes les plus assidus, une jeune ouvrière qu’une de ces hideuses créatures qui pullulent à Londres arrachait de sa mansarde et produisait pour la première fois.

Malgré les changements que la mauvaise fortune avait apportés en lui, la pauvre jeune fille reconnut cependant un reste de seigneurie ; elle se jeta en pleurant aux pieds du marquis, le suppliant de la sauver de la vie infâme à laquelle on voulait la consacrer et pour laquelle elle n’était point faite, ayant été sage jusque-là. La jeune fille était belle ; le marquis lui offrit de le suivre.

La jeune fille se jeta à son cou, et promit de lui donner tout son amour, de lui consacrer tout son dévouement. La malheureuse enfant s’appelait Éva. Elle tint parole, la pauvre et honnête fille qu’elle était : le marquis fut son premier et son dernier amour. Il se réfugia avec Éva dans une mansarde de Piccadilly. La jeune fille savait très bien coudre ; elle trouva du travail chez une lingère. Le marquis donna des leçons d’escrime.

À partir de ce moment, ils vécurent un peu du modique produit des leçons du marquis et des travaux d’Éva, beaucoup du bonheur qu’ils trouvaient dans un amour devenu assez puissant pour dorer leur indigence. Et cependant cet amour, comme toutes les choses mortelles, s’usa, mais à la longue. Le ciel avait été longtemps sans se décider à bénir cette union illégitime ; mais enfin les voeux que formait depuis douze ans Éva furent exaucés. La pauvre femme devint enceinte et donna le jour à deux jumelles.

Malheureusement, Éva ne jouit que quelques heures de ces joies maternelles qu’elle avait tant souhaitées : la fièvre de lait l’emporta. Le marquis se sépara de ses deux petites filles. Il les plaça en nourrice dans le Yorkshire, et trouva dans sa douleur des élans de tendresse qui touchèrent bien vivement la paysanne qui les emmenait. Lorsqu’il se fut ainsi séparé de tout ce qui le rattachait au passé, le marquis de Souday succomba sous le poids de son isolement ; il devint sombre et taciturne ; le dégoût de la vie s’empara de lui, et, comme sa foi religieuse n’était pas des plus solides, il eût fini, selon toute probabilité, par faire un saut dans la Tamise, si la catastrophe de 1814 n’était point arrivée à propos pour le distraire de ses idées lugubres.

Rentré dans sa patrie, qu’il n’espérait plus revoir, le marquis de Souday vint tout naturellement demander à Louis XVIII, le prix du sang qu’il avait répandu pour lui ; mais les princes sont souvent ingrats.

Le marquis dut se contenter de la croix de Saint- Louis, du grade et de la retraite de chef d’escadron, et à s’en aller manger le pain du roi dans sa terre de Souday, seule épave que le pauvre émigré eût recueillie de l’immense fortune de ses ancêtres. Ce qu’il y eut de beau, c’est que ces déceptions n’empêchèrent point le marquis de Souday de faire son devoir, c’est-à-dire de quitter de nouveau son pauvre castel lorsque Napoléon opéra son merveilleux retour de l’île d’Elbe. Napoléon tombe une seconde fois, une seconde fois le marquis de Souday rentra à la suite de ses princes légitimes.

Mais, cette fois, mieux avisé qu’en 1814, il se contenta de demander à la Restauration la place de lieutenant de louveterie de l’arrondissement de Machecoul, qui, étant gratuite, lui fut accordée avec empressement. Privé pendant toute sa jeunesse d’un plaisir qui, dans sa famille, était une passion héréditaire, le marquis de Souday commença de s’adonner à la chasse avec fureur.

Toujours triste de la vie solitaire, pour laquelle il n’était pas fait ; devenu encore plus misanthrope à la suite de ses déconvenues politiques, il trouvait dans cet exercice l’oubli momentané de ses souvenirs amers.

Aussi la possession d’une louveterie qui lui donnait le droit de parcourir gratuitement les forêts de l’État lui causa-t-elle plus de satisfaction qu’il n’en avait éprouvé en recevant du ministre sa croix de Saint Louis et son brevet de chef d’escadron. Or, le marquis de Souday vivait depuis deux ans déjà dans son petit castel, battant les bois jour et nuit, avec ses six chiens, seul équipage que lui permît son mince revenu, voyant ses voisins tout juste autant qu’il le fallait pour ne point passer pour un ours et songeant le moins possible aux héritages comme aux gloires du passé, lorsqu’un matin, qu’il partait pour aller explorer la partie nord de la forêt de Machecoul, il se croisa sur la route avec une paysanne qui portait une enfant de trois à quatre ans sur chacun de ses bras.

Le marquis de Souday reconnut cette paysanne et rougit en la reconnaissant. C’était la nourrice du Yorkshire, à laquelle, depuis trente-six à trente-huit mois, il oubliait régulièrement de payer la pension de ses deux nourrissonnes.

La brave femme s’était rendue à Londres, et avait fort intelligemment été demander des renseignements à l’ambassade française. Elle arrivait donc par l’intermédiaire de M. le ministre de France, qui ne doutait point que le marquis de Souday ne fût on ne peut plus heureux de retrouver ses enfants. Ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est qu’il ne s’était pas tout à fait trompé.

Les petites filles rappelaient si parfaitement la pauvre Éva, que le marquis eut un moment d’émotion ; il les embrassa avec une tendresse qui n’était pas feinte, donna son fusil à porter à l’Anglaise, prit les deux enfants dans ses bras et rapporta à son castel ce butin inattendu, à la grande stupéfaction de la cuisinière nantaise qui composait son domestique, et qui l’accabla de questions sur la singulière trouvaille qu’il venait de faire. Cet interrogatoire épouvanta le marquis. Il n’avait que trente-neuf ans et songeait vaguement à se marier, regardant comme un devoir de ne pas laisser finir dans sa personne une maison aussi illustre que l’était la sienne ; il n’eût point été fâché, d’ailleurs, de se décharger sur une femme des soins du ménage, qui lui étaient odieux.

19.02.2010

COUCHÉ KOUCHNER ? JAMAIS !

Kouchner et des passeports de la discorde. Pas si étrange pour le french doctor : on dit tellement que la Suisse gère mal le dossier libyen, que lui, montre les dents là où cela ne devrait pas faire mal. Mais au lieu de manoeuvrer en ancien administrateur du Kosovo, voilà qu'il prête le flanc au dépeçage de ses propos. Mettre le feu là où l'on attend du baume au coeur. En revanche, autant je comprends les Suisses, choqués par ses propos et qui peuvent se sentir trahis, autant le traiter de couard, n'est pas le mot qui le caractérise. Maladroit, excessif, à côté de la plaque. Mais froussard, je ne vois pas.

En revanche, c'est une question qu'on peut se poser, c'est à se demander si de ses débuts à la Croix-Rouge, Kouchner n'a gardé que le souvenir d'un établissement ne sachant qu'être trois singes : rien vu, rien entendu, ce qui m'amènera à ne rien dire. Or, sans elle, créée à une époque où il fallait le courage de se rendre sur un lieu de boucherie contre l'avis des princes, bref sans la belle idée d'un Suisse,  Bernard Kouchner ne serait pas ce qu'il est et n'aurait pas eu l'envie de témoigner. Envie qui a été productive : ainsi est née Médecins sans Frontière. Les bonnes idées, c'est d'oublier que la Croix-Rouge est d'origine suisse et Médecins Sans Frontière d'origine française. L'une et l'autre sont au service de l'Humanité. Cette histoire de passeports, c'est encore du faux-vrai bien français, qui ne vaut pas le coup de se mettre des coups de tampons sur les doigts.

Lettre à mon chien, mon ami

Coucou Iking,

Merci pour ton coup de fil d'hier depuis le chenil. Tu me dis que ta nouvelle copine de box est gentille avec toi. Sois-le aussi, ainsi que pendant les balades quotidiennes avec les autres chiens. N'essaie pas de lui faire l'amour dix fois par jour. Trois fois suffiront si tu ne veux pas la lasser ou passer pour un obsédé sexuel. Calin comme tu es, joue aussi avec elle. L'animalier m'a dit que tu avais arrêté de te gratter. C'est vrai que me dépanner avec des croquettes de supermarchés, plus chargées en légumes qu'en protéines, ce n'était pas une bonne idée. Je ne savais pas et excuse-moi. Je comprends mieux aujourd'hui la différence de prix entre celles que je prends d'ordinaire et celles en paquets beaux comme des magazines, mais pas terribles.

Tu me manques pour nos footings au bord du lac, mais je te voyais très triste ici, et tu sais, ici à Lausanne, il y a une polémique avec les chiens costauds comme toi : l'un d'eux a mordu un enfant au visage voilà plusieurs mois, et ce matin dans le journal, c'est tout juste si ce n'est pas l'enfant qui a agressé le chien ! Tu te rends compte ! Te laisser dans le magasin, quand tu pointais ton nez dans la montée d'escaliers, ce n'était pas une bonne idée. Déjà que les affaires sont dures en ce mois de février où l'hiver s'ennuie, les mamans de mes petits clients ont vite fait de dire à leurs copines ta présence, interdite en plus sur mon bail. Enfin.Tu sais que je ne t'abandonnerai pas et veillerai toujours à ton pré carré en respectant le mien.

Le fiduciaire me dit de ne pas acheter une maison en ce moment : les prix vont baisser dans un an. D'ici là, je vais m'organiser pour courir avec toi. Que ce soit en Suisse ou en France. Et si je peux trouver même un chalet qui ressemble plus à une cabane pour nous deux, tu en seras le gardien. Le matin on courra ensemble. Le soir, après la soupe, on ira fumer une clope dans les bois.

Je te carresse sous le cou.

A bientôt Iking

 

PS : je t'envoie une photo de toi, faite par ta copine Marie-Pierre. Elle part samedi en Egypte, et tout comme Lully, ils te font eux aussi des carresses

16.02.2010

Etre Suisse, modèle de démocrate pour le Monde

La conversation que je viens d'avoir avec ma cousine ce soir, naturalisée Suissesse depuis trente ans, autour d'un de ses fameux soupers végétariens, celle que j'ai eue avec un jeune homme, éducateur de jeunes à Lausanne voilà peu, sont deux piliers venant s'ajouter au troisième, constitué ce soir par le blog de Béatrice Fuchs : "Existe-t-il encore une réelle identité suisse reconnue dans le monde ?"

Tout le monde, je ne sais, il est trop vaste pour le voyageur que je suis. En tant que Français, la réponse est OUI.

Etre Suisse, pour vos voisins, c'est encore montrer de belles dents blanches à pas mal de pays du monde, malgré votre nonchalance. Un cliché, que bien sûr, j'ai balayé en un an de vie à Lausanne.

En revanche, je suis de plus en plus convaincu de votre tort, les Suisses, à abdiquer face à la mondialisation d'une part, et à "l'européisation" d'autre part.

Car si un certaine hypocrisie est désagréable en vous, notamment sur le fric, de même que votre névrose en hiver, il n'en reste pas moins que vous êtes la seule démocratie directe du Monde. Et ce modèle, personne ne l'aime dans les sphères politiques. Pas même nous Français. Pensez-donc ! Faire voter le peuple pour un musée ? Des minarets ? Voilà qui dans l'esprit du politique, du Nord au Sud de la planète, est ingérable.

Pourtant, preuve que vous finissez par faire école, le mot votation, qui faisait rire beaucoup de Franchouillards voilà dix ans, est de plus en plus utilisé en France, quitte à l'être mal. Mais au moins, il fait son bonhomme de chemin. Un progrès pour des Français boudant les urnes.

Ainsi, quand on vous demande d'arrêter de confondre secret bancaire et fraude fiscale, posez-vous la question : QU'EST-CE QUE LA MODERNITÉ ?

La modernité, ce n'est certainement pas fermer les yeux devant un sale type planquant son fric chez vous pour échapper aux impôts de sa nation, fussent-ils exorbitants. Si les états vous montrent du doigt sur ce sujet, attention à la réalité du manque de liquidité de vos voisins... Et à la diversion que cela peut entraîner : la fin de l'évasion fiscale, le Suisse moyen n'en souffrira pas. Seul l'employé de banque devra réduire son bonus. Se contenter de 2000 F au lieu de 125 000, comme on peut le lire parfois. Mon kiosquier, dans les deux cas, a cassé son deuxième pilier pour acheter le droit de m'informer et de travailler sept jours sur sept à près de 50 ans. Il court à la banque payer ses factures pour continuer d'être livré par Naville, qui avec le banquier, sont ses deux esclavagistes... modernes.

Ni l'un ni l'autre ne vont lui donner 50 000 F à la fin de sa carrière pour le remercier de les avoir si bien servis sur huit mètres carrés sous un néon.

Crier au scandale que le traitement infligé à la Suisse ne le sera jamais aux îles anglo-normandes, c'est se vexer pour des confetti dont les heures de vie des coffres sont elles aussi comptées.

Cette diversion des politiques européens, en voilà le but : vous user au point que vous vous disiez que voter souvent, ne sert à rien. Là, votre démocratie directe serait en danger. Et vos proches voisines démocratiques, ou les fantoches un peu plus loin, auront beau jeu de dire que vous avez été un beau rêve. Or, vous êtes le modèle politique du Monde. Il a besoin de vous, de ce modèle, de son expérience, de votre expérience, unique. Mon kiosquier aime sa femme, ses deux garçons, lire les journaux qu'il me vend, et voter. Il est d'origine africaine. Si Suisse dans ses yeux.

La plus grande démocratie du Monde, c'est vous, pas l'Inde. Je préfère 7,7 millions de Suisses dont je peux m'inspirer, que 1 milliard de fantasmes autour du Gange. Après, c'est clair, on compte autant de voleurs, de gens malhonnêtes et stupides sous votre bannière que sous n'importe quelle lune du Monde. Juste la preuve que vous êtes humains en plus de proposer le meilleur modèle politique au Monde.

Angie Europa (IV) : feu de forêt

"Arrêtez les gars. Il est mort". Le médecin-capitaine rendit son verdict aussi simplement. Johnatan ne fut pas surpris. En huit ans de pompier, il avait entendu cette formule définitive et douce, deux ou trois fois. Le sergent et lui ne commencèrent pas un nouveau cycle de ventilation et de massage cardiaque. Mais comment ce jeune pompier avait-il pu mourir ? Un rassemblement des mille hommes et femmes à bord eut lieu pour annoncer la nouvelle.

"Messieurs", commenca le pacha, un capitaine de frégate à la retraite, qui avait pris le commandement du Angie Europa, depuis sa transformation en force d'intervention sanitaire et humanitaire, cette mort est naturelle. Une autopsie aura lieu et j'attire votre attention sur votre capacité à prévenir nos médecins : si vous vous sentez fatigués, Mon Dieu, dites-le ! Ne tirez pas sur vos réserves. Cela arrive même à Rambo, Terminator d'être fatigués ! Vous, vous êtes des hommes, des vrais ! Avec votre force, donc votre faiblesse. Votre camarade, mort cette nuit, c'est inscrit dans son dossier médical, devait repasser un électrocardiogramme, suite à sa visite de suivi annuel dans sa caserne. Nous avons eu le tort, j'ai eu le tort, de le laisser nous rejoindre sans ce nouvel électrocardiogramme.

A bord de ce beau porte-avion transformé en navire humanitaire, nous sommes des pompiers, des soignants, des marins. Vous êtes mal payés, vous apprenez beaucoup, et la rigueur militaire n'est pas de mise ici. Néanmoins, à partir de cet après-midi, nous allons instaurer, comme cela se fait dans vos centres d'intervention souvent à 7h, l'appel à 8h et à 14h. Je ne vous demande pas de vous mettre au garde à vous à ces appels, ni de répondre à votre nom comme des soldats déployant les poumons, mais plutôt de veiller à ce que vos camarades de chambrées, s'ils ne répondent pas, déclenchent la question qui nous tient au feu : où est-il ? Messieurs, nous allons maintenant observer une minute de silence pour notre camarade."

Sur le pont, le vent redevint le vent. Un bosco prit son sifflet et les goélands dansèrent dans la lumière sans crier, comme pour laisser le sifflet devenir trompette, et eux, oiseaux de mer, emmener l'esprit de l'homme mort.

Le commandant rentra dans le carré officier, entouré de son staff, agacé.

"-On commence bien ! Ce beau projet n'a pas six mois et le mort que nous ayions, c'est ce pauvre gosse qui n'aurait jamais du être là !

-Ce n'était pas un mauvais pompier, enchaîna le commandant chargé du recrutement. Il était bien noté dans sa caserne. Je crois qu'il faut mettre cette mort au même rayon que ces footballeurs qui s'écroulent sur le terrain sans s'être dopés.

-Admettons. Bien. Je propose que nous mettions aux votes parmi tous à bord, la création d'une journée portant le prénom de ce jeune homme, ou de donner son nom à un canot de sauvetage. Charles, vous vous en occupez...?

Charles était l'officier chargé de communication. Le téléphone portable du pacha entonna les premières notes de Angie, des Rolling Stones.

"Jean-Louis... Vous êtes en pré-alerte pour des feux de forêts en France. L'Italie n'a plus besoin de vous. Le tremblement de terre semble ne pas être pour tout de suite"...

 

A suivre

 

15.02.2010

Angie Europa (III) : Incendie à bord !

John regarda son copain de chambrée s'envoler avec son chien tandis que la mer reprenait le dessus sur les airs. L'Etrave du Angie Europa avançait à quelques noeuds seulement, en direction de Rome. Les hélicos partis, le vent redevint le vent.

"Avec ce zeff, on ne risque pas de jouer au volley, mais on fera un foot après un peu de gym".

Le quartier-maître chargé du sport s'était approché de John qui regardait la mer.

"On m'a dit que tu joues en division Honneur en France." John répondit par l'affirmative. Les deux jeunes hommes n'eurent pas le temps de développer le sujet. La diffusion générale se mit à grésiller.

"Ceci est un exercice : feu de machines, niveau 3. Je répète, ceci est un exercice : feu de machines, niveau 3..."

Sans courir,  John se rapprocha du poste incendie auquel il était affecté, où étaient déjà les marins-pompiers de service.

"Bon les gars. Avant le foot, une petite manoeuvre d'une demi-heure. John, tu capelles le ARICF avec l'aide de Billy Billoute, tu nous fait une reconnaissance dans les postes babord 1 et 2, et tu rends compte."

Deux autres sapeurs-pompiers s'équipèrent avec l'aide de quartiers-maîtres et reçurent une mission similaire à celle de John. Le but était de les rendre aussi à l'aise avec un Appareil Respiratoire Individuel à Circuit FERMé, appareil utiisé par les marins-pompiers, qu'avec l' ARI à circuit ouvert, utilisé à terre chez les sapeurs-pompiers.

Sous la combinaison Kaki, John se mit à suer normalement. C'était sa troisième manoeuvre avec cet équipement, moins agréable que sa tenue textile de sapeur-pompier, mais très supportable. A travers le masque, il voyait la chambrée comme dans un film de science-fiction. Les parois du bateau, concave, était déjà là à ce niveau. On n'était plus sur un porte-avions, mais sur n'importe quel bateau, comme il y en a depuis près de cinq-mille ans. Il avançait sans prêter trop attention au menu désordre qui régnait dans certaines couches. Il levait les rideaux des banettes, sans grande conviction, quand sous l'une d'elle, il se trouva nez à nez avec un type qui dormait encore.

Il faillit le secouer par l'épaule, mais d'un coup, il comprit que cet homme là était intégré à la manoeuvre. John lui prit le pouls, convaincu que les marins-pompiers s'étaient entendu avec cette fausse victime : ses symptômes pour la manoeuvre, un pouls mais pas de respiration. Au sauveteur d'effectuer le bon geste. À savoir, un dégagement d'urgence. Mais la victime n'avait pas de pouls !

Deux solutions s'offraient à John : se la jouer encore en manoeuvre et dégager sa victime d'urgence, ou décapeler, et entamer bouche à bouche et massage cardiaque, car cet homme allait ou était déjà mort. On n'était plus en manoeuvre. Aller chercher du renfort et prévenir était aussi une option. Il choisit le mixte. Enlevant son masque, il tira la victime de la bannette pour la poser au sol afin d'optimiser son massage cardiaque, tout en criant, "A l'aide, ceci n'est pas un exercice, victime au sol ! Je pratique RCP ! Il n'avait pas fini ses deux insuflations initiales que deux marins-pompiers et un sapeur accoururent. Le sapeur, un sergent du centre de la France, se mit au massage cardiaque tandis que John restait au bouche-à-bouche. "Je vais chercher l'oxygénothérapie" dit un marin. "Toi, fonce trouver un toubib". Les deux hommes montèrent les échelles de coupée comme des chats.